Les réseaux sociaux : une menace pour notre vie privée ?

A l’ère du numérique, les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram font partie intégrante de nos vies. Leurs interfaces conviviales et leurs promesses de lien social nous ont rapidement conquis. Pourtant, derrière cette façade séduisante se cachent des dangers pour notre vie privée qui inquiètent de plus en plus.

Entre surveillance de masse, collecte abusive de données personnelles et dissolution des frontières entre sphères publique et privée, les réseaux sociaux remettent en question des notions fondamentales. Doit-on pour autant y renoncer ou pouvons-nous apprendre à mieux les utiliser ? C’est la question que nous allons explorer dans cet article.

La surveillance de masse : un business model inquiétant

a woman sitting on steps looking at her cell phone

Commençons par le commencement : le modèle économique des réseaux sociaux repose essentiellement sur la collecte et l’exploitation de nos données personnelles. Plus ils en accumulent, plus leur valeur augmente, attirant annonceurs et autres partenaires.

Concrètement, cela signifie que dès que nous utilisons un réseau social, que ce soit pour chatter, poster une photo ou consulter un profil, toutes nos actions sont enregistrées et analysées pour construire un profil marketing exploitable.Âge, sexe, centres d’intérêt, habitudes de consommation… Tout est bon à prendre !

Des données revendues à prix d’or

Ces mégadonnées, communément appelées « big data », ont une valeur inestimable pour les annonceurs qui peuvent ainsi cibler leurs publicités avec une redoutable efficacité. Elles sont revendues à prix d’or par les réseaux sociaux : le marché mondial de la publicité sur les réseaux sociaux devrait ainsi dépasser les 150 milliards de dollars en 202

Une collecte abusive selon la CNIL

Si certains internautes acceptent ce marché publicitaire en échange d’un accès « gratuit » aux services, d’autres s’inquiètent de cette surveillance généralisée à leur insu. La CNIL française a d’ailleurs sanctionné Google et Amazon en 202pour collecte abusive de données personnelles auprès des utilisateurs de leurs sites web.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste et font l’objet d’une attention toute particulière des autorités de protection des données. Meta, la maison-mère de Facebook, a par exemple écopé d’une amende record de 265 millions d’euros de la CNIL irlandaise en 202

Vers un meilleur consentement des utilisateurs

Heureusement, la prise de conscience autour de ces questions a progressé ces dernières années. De nouvelles réglementations comme le RGPD en Europe ou le Privacy Shield aux États-Unis contraignent désormais les réseaux sociaux à plus de transparence sur leur utilisation des données personnelles.

L’utilisateur doit notamment donner son consentement de manière éclairée avant que ses données ne soient exploitées. Affichage clair des conditions générales d’utilisation, possibilité de limiter le tracking publicitaire, droit à l’oubli… Les principaux réseaux sociaux ont dû s’adapter, même si des progrès restent à faire.

Vie privée vs vie publique : une frontière qui s’estompe

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Au-delà des risques liés à la collecte de données, les réseaux sociaux brouillent une frontière fondamentale de nos sociétés : celle entre sphères privée et publique.

De l’intime exposé à tous

En permettant à chacun de partager sans filtre photos, vidéos et pensées avec des centaines de « amis », ils rendent visibles à tous des moments jusqu’ici réservés à la sphère privée. Une soirée entre amis, des vacances en famille, un accès direct à nos chambres via stories ou statuts…

Difficile dans ces conditions de conserver une partie de notre jardin secret ! D’autant que les contenus ont une fâcheuse tendance à échapper à leur contexte initial de partage pour se propager plus loin que prévu…

Des frontières qui s’estompent

Avec l’avènement des réseaux sociaux, la frontière privé/public a donc bel et bien bougé. Ce qui était totalement privé il y a 20 ans, comme les photos de son anniversaire, est désormais semi-public. Et inversement, nos enfants ou petits-enfants trouveront sans doute normal de partager bien plus encore que nous !

Mais ce changement culturel pose question : peut-on tout montrer sous prétexte que « les autres le font » sans conséquence sur notre intimité et notre construction personnelle ?

Une identité façonnée pour plaire au plus grand nombre

Car en nous exposant en permanence au regard des autres via les réseaux sociaux, nous adaptons consciemment ou non notre présentation de soi pour plaire, susciter l’intérêt, gagner des likes… Cela participe à formater nos personnalités de manière parfois assez artificielle.

Résultat : sur Facebook et consorts, l’authenticité peut vite céder le pas à la représentation. Même si certains arrivent à jouer de ces codes avec distance et second degré…

Relations sociales : le virtuel déteint-il sur le réel ?

Dernier effet pernicieux des réseaux sociaux : la dilution du lien social « traditionnel » au profit de relations virtuelles parfois assez vaines.

Des « amitiés » par centaines…

Sur Facebook, il est de bon ton d’afficher des centaines d' »amis » pour marquer sa popularité. Pourtant, rares sont les personnes avec qui nous entretenons des liens réellement forts au sein de ce vaste répertoire.

La plupart du temps, il s’agit de connaissances lointaines, voire de parfaits inconnus. On parle alors de « intimate strangers » pour désigner toutes ces personnes dont on suit assidûment la vie… sans vraiment les connaître !

…mais peu de liens authentiques

Résultat, si la toile sociale s’élargit démesurément, elle risque dans le même temps de se déliter. Derrière l’illusion d’une communauté étendue, ne subsistent bien souvent que quelques amitiés sincères disséminées dans un désert de liens factices.

Prisonniers de cette course en avant, les plus jeunes générations savent-elles encore ce qu’est une véritable amitié ? Rien n’est moins sûr…

Quid des rencontres dans la « vraie vie » ?

Plus largement, cet ersatz de sociabilité en ligne ne risque-t-il pas de nous détourner des interactions du monde réel ? Entre messageries instantanées, stories ou statuts, nous passons déjà près de 2h30 par jour sur les réseaux sociaux en moyenne !

Difficile dans ces conditions de trouver le temps d’appeler ses proches, de leur rendre visite ou tout simplement d’engager la conversation avec un inconnu… Pourtant si précieuses à notre équilibre personnel.

Réseaux sociaux et couples : attention danger !

a woman sitting on the steps looking at her cell phone

Autre domaine où l’impact des réseaux sociaux se fait lourdement ressentir : notre vie amoureuse. Outre les sites de rencontre qui optimisent (parfois trop) les opportunités de faire des rencontres, Facebook et consorts s’invitent avec insistance dans nos histoires de coeur.

Ruptures et divorces en ligne

Sur le front des mauvaises nouvelles, on recense de plus en plus de ruptures et demandes de divorce motivées par des trahisons ou disputes ayant démarré en ligne. Tromperies virtuelles, messages compromettants, photos ambigües venant jeter un doute…

Même à distance derrière un écran, la jalousie et le manque de confiance peuvent rapidement gâcher une relation. Pour certains experts, les réseaux sociaux seraient ainsi indirectement responsables d’divorce sur 5 !

Des relations qui battent de l’aile

Mais ces plateformes peuvent également nuire à un couple en l’absence de scandales retentissants. En offrant des univers parallèles où s’évader, elles favorisent insidieusement le désinvestissement du partenaire et le délitement des liens.

Squattant son téléphone pendant des heures, le conjoint zappe complètement les tête-à-tête, les confidences à deux, les projets communs… Autant de petits riens du quotidien qui fondent la force d’un couple.

Addictions et double vie

S’enfermer dans une double vie ou une véritable addiction aux réseaux sociaux n’est alors jamais bon signe. Surtout si ça s’accompagne de changements de comportements inexpliqués : nouveaux centres d’intérêts, horaires de connexion inhabituels, secret autour de ses activités en ligne…

L’être aimé cache peut-être alors une part de lui-même qu’il ne souhaite pas dévoiler. De quoi légitimement éveiller des soupçons ! Même si une petite enquête s’impose avant de tirer des conclusions hâtives…

Réseaux sociaux et boulot : un mariage impossible ?

gold iPhone 6s

Dans le monde professionnel non plus, la cohabitation avec les réseaux sociaux n’est pas chose aisée. Outre les risques de procrastination qu’ils véhiculent, ils sont susceptibles de faire déraper des carrières.

Facebook, ennemi N°des DRH ?

Photos compromettantes, propos offensants envers son employeur, plaintes de clients ayant abouti sur la place publique… Tout est possible sur la toile ! Résultat, de plus en plus de DRH scrutent les comptes Facebook ou Twitter des candidats avant de les recruter.

Même si cette pratique reste officieusement interdite, elle peut coûter cher à ceux dont l’e-réputation ou les frasques passées sont jugées incompatibles avec certains postes.

Les salariés en place ne sont pas à l’abri non plus : si votre patron est ami avec vous sur FB ou découvre des commentaires peu amènes sur son dos, des sanctions peuvent tomber…

Mais aussi de formidables outils professionnels

Heureusement, les réseaux sociaux recèlent aussi de nombreuses opportunités business : se faire connaître, trouver des clients, collaborer avec des confrères, suivre l’actualité de son secteur… A condition de bien maîtriser son image !

Des plateformes spécialisées comme LinkedIn ou Viadeo permettent par ailleurs aux professionnels d’étendre leur réseau, prospecter et mettre en valeur leurs compétences.

De quoi booster efficacement une carrière, à condition là encore de veiller à protéger sa e-reputation…

En conclusion : faut-il abandonner les réseaux sociaux ?

a close up of a cell phone with a youtube logo on it

Face à ce constat alarmiste, la tentation de jeter son smartphone à la poubelle et de supprimer tous ses comptes est grande. D’autant que des initiatives anti-Facebook comme Diaspora tentent de proposer des alternatives respectueuses de la vie privée.

Pourtant, rien n’indique qu’une suppression massive des réseaux sociaux soit la solution. Conscients des critiques à leur égard, les géants du Net ont déjà fait des efforts pour renforcer la confidentialité des données. Par ailleurs, les usages comme les réglementations évoluent rapidement pour limiter les abus.

Surtout, lorsqu’ils sont utilisés à bon escient, ces services offrent aussi beaucoup d’opportunités pour échanger, partager, s’entraider. Avant de les condamner, mieux vaut d’abord faire un usage raisonné des réseaux sociaux : limiter le temps passé, paramétrer correctement ses contenus, sensibiliser son entourage…

Car ce sont avant tout les utilisateurs et leurs pratiques qui donneront aux réseaux sociaux les moyens ou non de prospérer dans le respect de chacun !

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